Quand une région reçoit des personnes immigrantes, elle a tout à gagner à s’outiller pour intégrer ses travailleurs et favoriser leur rétention. Aya Georgette Dje en sait quelque chose.

Elle-même immigrante, Mme Dje est aujourd’hui agente d’immigration et de sensibilisation en immigration auprès des entreprises et de la communauté où œuvre le CAIDI, le Comité d’accueil et d’inclusion des personnes immigrantes du Carrefour Jeunesse-Emploi Beauce-Nord.

« On ne peut pas s’attendre à accueillir des personnes immigrantes comme des Québécois », explique avec nuance la Beauceronne d’adoption. « Ces gens arrivent avec leurs bagages, leur culture, d’autres façons de faire et de penser qui fait que leurs repères sont totalement différents. Il faut donc s’outiller et les outiller pour favoriser leur intégration sociale, culturelle et économique. »

Parcours d’une personne immigrante en Beauce

« Je suis arrivée de la Côte-d’Ivoire pour venir faire mes études de doctorat en sociologie de l’environnement à l’Université Laval en janvier 2005. Je me souviens très précisément de cette journée : le choc thermique a été terrible! », raconte Mme Dje dans un rire communicatif.

« Par la suite, mon conjoint a obtenu un poste en Beauce. Moi, j’étais sceptique, je ne pensais pas que cet endroit me conviendrait. Mais je suis passée de la résistance à l’ouverture et… suis tombée en amour avec mon nouveau lieu de vie! »

L’ouverture dont parle Aya Georgette Dje s’est imposée des deux côtés. À son arrivée à Ste-Marie, le couple attire énormément la curiosité dans cette communauté homogène qui s’ouvrait à l’immigration.

« Les gens nous regardaient, les plus courageux nous posaient des questions. La sociologue que je suis comprenait que si nous avions à nous habituer à une nouvelle vie, les gens de la communauté avaient à apprendre la différence. Cela s’est fait au fil du temps, par l’intérêt mutuel et notre implication dans la communauté. »

Un jour, une nouvelle amie lui a dit : « À force d’être avec toi, on ne voit plus ta couleur. » Pour Aya Georgette Dje, c’était un signe que la différence avait laissé la place aux valeurs humaines qui nous rassemblent.

Comment outiller les entreprises et les personnes immigrantes

Dans son quotidien, l’agente d’immigration et de sensibilisation en immigration travaille à outiller les entreprises. « Nous préparons les travailleurs et cadres québécois à l’arrivée de collègues immigrants. Accueil, intégration, gestion de la diversité et rétention, aucune de ces étapes ne doit être escamotée », précise-t-elle.

Et la première chose à apprendre est la diversité. « Pour pouvoir travailler ensemble, il faut apprivoiser celle-ci, connaître les valeurs de chacun, car elles influencent nos façons de penser et d’agir. » Les personnes immigrantes ont une culture de travail et des habitudes, des réflexes culturels acquis. Si on juge ces gens seulement à la lumière de nos codes culturels, on risque les malentendus.

De l’autre côté, les personnes immigrantes doivent aussi s’approprier de nouveaux outils. « L’intégration n’est pas un acquis, c’est une construction. », rappelle Aya Georgette Dje. « Au début, les nouveaux arrivants ignorent nos façons de faire. Pour qu’ils apprennent, il faut les leur montrer. On peut s’intégrer seulement si on en a la connaissance. »

Le CAIDI offre alors des ateliers d’intégration et un suivi aux personnes immigrantes en entreprise pour favoriser leur adaptation, qui n’est évidemment pas la même pour chacun.

Impliquer la communauté pour faciliter l’intégration des personnes immigrantes

L’accueil et la rétention des travailleurs immigrants passent aussi par le soutien de la communauté, qu’il est tout autant nécessaire d’outiller et de sensibiliser.

Mme Dje donne l’exemple d’Olymel qui a embauché une centaine d’employés à Madagascar. Avant l’arrivée des travailleurs, l’entreprise a rencontré la communauté beauceronne, lui a fait part des défis de productivité auxquels elle fait face par manque de main-d’œuvre et les risques découlant de cette pénurie pour la collectivité. La population s’est tout de suite sentie interpellée et a proposé son coup de main dans l’accueil des nouveaux travailleurs.

Intégrer une personne immigrante repose donc sur un encadrement social, psychologique et culturel pour lesquels l’apport de l’entreprise et de la communauté est indispensable. « Quand un individu développe un sentiment d’appartenance, il tisse des racines, veut rester et devient à son tour porte-parole de sa communauté », conclut d’expérience Aya Georgette Dje. Il suffit d’avoir croisé une seule fois l’enthousiasme contagieux de cette nouvelle Beauceronne pour la croire!