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Salle de presse
Les lettres ouvertes

Montréal, le mardi 17 octobre 2017

Par Stéphane Forget, MBA
Président-directeur général intérimaire
Fédération des chambres de commerce du Québec


Salaire minimum : un consensus sur l’objectif, mais pas sur les moyens!

Le 15 octobre dernier, des associations de travailleurs ont choisi de prendre la rue pour exiger du gouvernement la hausse du salaire minimum à 15$.  Nous sommes préoccupés, nous aussi, par la condition des travailleurs à faibles revenus. Malheureusement, d’un point de vue économique, leur idée n’est pas la bonne et je dois en relever les faiblesses.

Rappelons d’abord qu’en janvier, le gouvernement a annoncé une hausse sur quatre ans du salaire minimum, qui atteindra en 2020 un taux équivalant à environ 50 % du salaire horaire moyen, soit 12,45$. Tandis que le taux augmentait jusqu’à présent au rythme du salaire médian, il bondira de plus de 10% d’ici 2020. Voilà déjà un pas dans la direction souhaitée.
Dès lors, la question devient : faut-il aller plus loin, plus vite ?

Si l’on portait le salaire minimum à 15$, une hausse de 33 %, c’est tout l’éventail des salaires dans le marché du travail qui en subirait l’impact, à terme, par le jeu des comparaisons. Nous nuirions alors à la compétitivité de nos entreprises, notamment dans les secteurs de l’économie exposés à la concurrence étrangère, comme le manufacturier, l’agriculture et les ressources naturelles. Devant un choc de prix, que ce soit celui du pétrole ou du travail, les entreprises et les consommateurs vont toujours s’adapter en remplaçant graduellement le bien devenu plus onéreux par autre chose.

Afin de contrôler leurs coûts, limiter leurs prix et demeurer compétitives, les entreprises essaient constamment de sauver la chèvre et le chou. Ils doivent donner de bonnes conditions de travail pour recruter et conserver leurs employés, mais ils doivent également constamment revoir leur offre de service et leurs méthodes de travail afin de survivre. Les commerces de détail, petits et grands, par exemple, ont des marges de profit très souvent minimes et tout changement au salaire minimum se répercutera indéniablement sur les prix et fragilisera des entreprises, permettant d’imaginer des pertes d’emplois, voir même des fermetures.

Ce sont les grandes variables économiques qui doivent présider à déterminer le taux de salaire minimum et non pas la reprise, chez nous, d’un mouvement social américain. La ville de Seattle fournit une expérience probante. Globalement, les pertes d’emplois suivant la hausse du taux à 15$ ont à peu près annulé son effet positif sur les gains des travailleurs à faible revenu.

Chez nous, de qui parle-t-on au juste ? Parmi les 212 000 employés rémunérés au salaire minimum au Québec en 2015, 61 % travaillaient à temps partiel et un autre 61 % avaient moins de 25 ans. Le salaire minimum a un impact très différent sur la capacité de subvenir aux besoins selon que vous êtes un étudiant occupant un emploi à temps partiel ou une mère de trois enfants. Augmenter les gains tirés d’un emploi étudiant, c’est aussi augmenter l’attrait des petits boulots comme mode de vie, alors qu’il faut plutôt encourager nos jeunes à persévérer jusqu’au diplôme et ainsi accéder à des emplois beaucoup mieux rémunérés.

Alors quelle est la meilleure manière d’améliorer les gains des travailleurs adultes qui se retrouvent au bas de l’échelle ? Depuis 2015, la Fédération préconise une bonification substantielle des mesures qui augmentent le revenu net des travailleurs à faible revenu. Le Québec a déjà des mesures fiscales comme la « Prime au travail » et le « Bouclier fiscal ». Le Canada a sa « Prestation fiscale pour le revenu de travail »; les États-Unis ont leur « Earned income tax credit ». Ce sont des mesures de ce genre que nous devrions bonifier pour aider les travailleurs à faible revenu. Enfin, la récréation de richesse demeure le meilleur moyen de combattre la pauvreté.

L’objectif ultime est juste, mais ce n’est pas en nous tirant dans le pied que l’on avancera plus vite.

 

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