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Salle de presse
Les lettres ouvertes

Montréal, le mercredi 4 octobre 2017

Par Stéphane Forget, MBA
Président-directeur général intérimaire
Fédération des chambres de commerce du Québec


Boeing et Bombardier : avant que tout dérape

Comme il fallait s’y attendre, la plainte de Boeing contre Bombardier dégénère. Ce litige ne fera que des perdants chez Boeing, chez Bombardier et dans l’ensemble des économies américaine, canadienne et même britannique

Le secteur aérospatial est étroitement intégré à l’échelle nord-américaine. Autant Bombardier est un joueur de l’industrie aérospatiale américaine, autant Boeing est un acteur de l’industrie aérospatiale canadienne. En 2016, Bombardier a injecté plus de 2,4 milliards $US dans 47 des 50 états américains. Boeing emploie directement plus de 2 000 personnes dans ses installations canadiennes et indirectement, grâce à son réseau de 560 fournisseurs canadiens.

On s’explique donc mal la stratégie que poursuit Boeing en s’attaquant à Bombardier devant le Département du Commerce américain et en voulant bloquer l’accès de la C series au marché des États-Unis. Cette action risque donc d’avoir des répercussions qui dépassent, et de loin, les activités commerciales de ces deux compagnies

D’abord, des milliers d’emplois sont en jeu des deux côtés de la frontière, qui dépendent directement de l’écosystème de la division aéronautique de Bombardier :  plus de la moitié du contenu d’un avion de la C Series est d’origine américaine – à peu près la même proportion que pour un Boeing 787. Bombardier prévoyait que, pour son exercice 2020, elle allait dépenser aux États-Unis plus de 1,5 milliard pour son seul programme C Series. Ainsi, aux États-Unis, le programme C Series supportera 22 000 emplois bien rémunérés et à forte valeur ajoutée, avec un impact économique de plus de 30 milliards de dollars.

Ensuite, des milliers d’emplois risquent d’être mis en jeu dans l’écosystème de Boeing également, encore une fois des deux côtés de la frontière : le premier ministre canadien Justin Trudeau a clairement affirmé, le 18 septembre dernier, que « Boeing ne devrait pas s'attendre à ce qu'on leur achète des avions s’ils sont en train d'attaquer notre industrie aéronautique ». Était visé l’achat éventuel de chasseurs Super Hornets, un contrat de plusieurs milliards de dollars.

Troisièmement, le litige Boeing-Bombardier risque même d’avoir des répercussions sur les relations commerciales entre les États-Unis et le Royaume-Uni, où la C Series fait vivre plusieurs milliers de personnes.  Le ministre britannique de la Défense, Sir Michael Fallon, a affirmé que « cela pourrait compromettre l’avenir de notre relation avec Boeing. » 

Enfin, la détérioration du litige risque d’être nuisible aux discussions déjà complexes en vue du renouvellement éventuel de l’ALÉNA.

Le danger est donc réel que le litige entraîne un dérapage incontrôlé de l’ensemble des relations commerciales entre les États-Unis et le Canada, voire entre les États-Unis et le Royaume-Uni. Les enjeux sont beaucoup plus grands que le destin de deux avionneurs. Les dommages se feront sentir tôt et seront durables pour tout le secteur aérospatial nord-américain, voire l’économie des deux côtés de la frontière.  Nous sommes d’avis qu’un retrait de la plainte est toujours possible et constitue le meilleur moyen pour que les parties reviennent à la table

 

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