Trou Story
Loin de la réalité
Le film Trou Story de Richard Desjardins et Robert Monderie a remis à l’avant-plan de l’actualité la place de l’industrie minière dans l’économie québécoise et la question à savoir si l’ensemble des Québécois bénéficie de l’exploitation des richesses de notre sous-sol. Leur vision de l’industrie est assez désespérante et nous croyons qu’elle est très injuste par rapport à la réalité. Pour que ce pamphlet soit pris pour un documentaire, il aurait fallu plus qu’une opinion personnelle basée sur des faits provenant d’un autre siècle. Comment peut-on penser que des images du milieu du siècle passé représentent la réalité actuelle?
L’industrie minérale n’a pas toujours été un exemple à suivre, il faut l’admettre. Au cours des dernières décennies, la situation s’est toutefois grandement améliorée. Au 21e siècle, la réalité des entreprises minières ne ressemble pas du tout à ce que le film Trou Story présente.
Du coté financier, il y avait effectivement une situation à corriger. En 2007, le Québec était la province canadienne où le taux d'imposition de l'industrie minière était le moins élevé au Canada. Avant de dénoncer une situation qui n’a plus cours, il faut savoir que les déductions d'impôts pour les gros projets d'investissement, dont profitait l'industrie minière, ont été abolies. Ensuite, depuis 2010, le taux de redevance est passé de 12 à 16 % des profits, en plus d'être calculé mine par mine plutôt que sur l'ensemble de l'activité minière d'une entreprise dans la province. D’une moyenne de 30 millions par année, les redevances minières en 2010 ont bondi à 304 millions en une seule année. Le Québec est dorénavant l’endroit parmi ceux qui imposent le plus lourdement cette industrie.
Rappelons que le Québec n’est pas le seul à profiter du « boom minier ». Il doit rivaliser avec d’autres provinces canadiennes, d’autres États et pays, pour attirer les investisseurs. Le Québec est maintenant en compétition contre le monde entier. Le taux combiné de l'impôt fédéral et provincial et des droits miniers est le plus haut des quatre provinces canadiennes les plus importantes en matière d'activité minière (40,9 % au Québec, comparativement à 29,8 % en Ontario et 37,3 % pour la Colombie-Britannique). Le Québec est riche en minéraux et métaux, mais ses coûts de production élevés et sa distance par rapport aux marchés émergents ne nous permettent pas de nous montrer exagérément répulsifs à l’égard de cette industrie.
Ce que nous devons plus craindre maintenant, c’est que les entreprises se détournent du Québec malgré les richesses qui s’y trouvent. Avant d’investir des sommes colossales pour extraire nos ressources, les entreprises doivent pouvoir compter sur une prévisibilité. L’industrie connaît le cadre légal québécois – pas moins de 60 lois et règlements encadrent aujourd’hui l’activité minière – mais la grogne non fondée sur les retombées économiques risque, si elle devait s’étendre, envoyer un message dissuasif à l’accueil qu’elle peut espérer recevoir au Québec. D’importants producteurs miniers ont déjà rayé le Québec dans leurs projets d’investissements; il ne faudrait pas que ces cas pour le moment isolés deviennent légion.
Au moment où les investissements sont en baisse au Québec, où la crise financière européenne assombrit nos perspectives de croissance et où l’économie américaine tarde à se relever, ce serait une très mauvaise nouvelle. Plus de 52 000 Québécoises et Québécois vivent de l’industrie minérale au Québec, il ne faut pas l’oublier. On entend des voix se lever pour dire que l’industrie peut aller ailleurs, que ce n’est pas grave. Nous ne pouvons tolérer de tels propos. Que proposent les opposants pour que le Québec continue à se développer? Rien et le problème est là.
Le gouvernement du Québec ainsi que les ministres Serge Simard et Clément Gignac se doivent de continuer à publiquement dénoncer le pamphlet de M. Desjardins et M. Monderie. Grâce aux retombées économiques de cette industrie, les Québécois peuvent continuer de s’offrir de nombreux services sociaux. Si les entreprises minières ne sont plus là, qui comblera le trou laissé par ce manque à gagner?
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